C’est l’un des grands dilemmes de tout investisseur en Bourse : faut-il acheter des ETF, ces paniers qui répliquent un indice entier, ou sélectionner soi-même ses actions dans l’espoir de battre le marché ? Les deux approches ont leurs partisans passionnés, et le débat n’est pas près de s’éteindre.
Cet article compare honnêtement les deux stratégies : leurs avantages, leurs inconvénients, ce que disent les études sur leurs performances respectives, et surtout dans quel cas chacune a du sens. À la fin, vous saurez laquelle correspond vraiment à votre profil, et pourquoi les deux ne sont pas forcément incompatibles.
ETF et actions individuelles : de quoi parle-t-on ?
Une action individuelle, c’est une part d’une seule entreprise. En acheter, c’est parier sur la réussite de cette société en particulier. Votre performance dépendra entièrement de la santé de cette entreprise.
Un ETF, ou fonds indiciel coté, est un panier qui contient des dizaines, des centaines, voire des milliers d’actions d’un coup. En acheter une part, c’est investir simultanément dans toutes les entreprises qu’il contient. Un ETF Monde, par exemple, vous rend copropriétaire de plus de mille grandes entreprises réparties dans le monde entier, en une seule ligne. C’est cette différence fondamentale, la concentration contre la diversification, qui structure tout le débat.
Les avantages des ETF
Les ETF ont conquis des millions d’investisseurs, et pour de bonnes raisons.
- La diversification instantanée. Un seul achat vous expose à un marché entier. Si une entreprise du panier fait faillite, l’impact sur votre portefeuille est minime, noyé dans la masse des autres.
- Des frais très faibles. Comme un ETF se contente de répliquer un indice, sans gestion active coûteuse, ses frais annuels sont minuscules, souvent quelques dixièmes de pourcent. Sur le long terme, cette économie compte énormément.
- La simplicité. Pas besoin d’analyser des bilans ni de suivre l’actualité de chaque entreprise. Vous achetez le marché et vous laissez faire.
- Un gain de temps considérable. Investir en ETF prend quelques minutes par mois, là où la sélection d’actions demande un travail continu.
Les inconvénients des ETF
Aucune approche n’est parfaite, et les ETF ont leurs limites.
- Vous ne battrez jamais le marché, par définition, puisque vous êtes le marché. Vous obtiendrez sa performance moyenne, ni plus ni moins.
- Vous détenez aussi les mauvaises entreprises. Un ETF achète tout l’indice, y compris les sociétés en difficulté, sans distinction.
- Moins de sensations. Pour ceux qui aiment analyser et parier sur des convictions, l’ETF peut sembler ennuyeux. C’est d’ailleurs sa force, mais cela ne convient pas à tous les tempéraments.
Les avantages des actions individuelles
Choisir ses propres actions a aussi de vrais attraits.
- Le potentiel de surperformance. En sélectionnant les bonnes entreprises, on peut théoriquement faire bien mieux que le marché. Celui qui aurait investi tôt dans une future star technologique a multiplié sa mise.
- Le contrôle total. Vous décidez précisément dans quoi vous investissez, en accord avec vos convictions, qu’elles soient sectorielles ou éthiques.
- Les dividendes ciblés. On peut construire un portefeuille orienté vers des sociétés versant de généreux dividendes, pour se créer un revenu.
- L’aspect passionnant. Analyser une entreprise, comprendre son modèle, suivre ses résultats, c’est une activité intellectuellement stimulante pour beaucoup.
Les inconvénients des actions individuelles
C’est là que le bât blesse, et il faut être lucide.
- Le risque de concentration. Miser sur quelques entreprises, c’est s’exposer à des pertes lourdes si l’une d’elles s’effondre. Même les géants les plus solides peuvent chuter durablement.
- Le temps et les compétences nécessaires. Bien sélectionner ses actions demande d’analyser des bilans, de comprendre des secteurs, de suivre l’actualité. C’est un vrai travail, que peu de particuliers ont le temps de mener sérieusement.
- Le risque émotionnel. Détenir quelques actions en direct expose davantage aux réactions impulsives, comme vendre en panique lors d’une chute, l’une des erreurs les plus coûteuses en Bourse.
Ce que disent les études : le verdict des chiffres
Le débat pourrait sembler être une affaire de goût, mais les données apportent une réponse assez tranchée. Les études de référence sur le sujet, comme le rapport SPIVA publié par S&P, mesurent depuis des années la performance des fonds gérés activement par des professionnels face à leur indice de référence. Le constat est constant et sévère : sur le long terme, la grande majorité de ces gérants professionnels, souvent plus de 80 % sur dix ans, ne parviennent pas à battre leur indice.
Autrement dit, des experts payés à plein temps pour sélectionner les meilleures actions font en général moins bien qu’un simple ETF qui se contente de suivre le marché. Si les professionnels échouent aussi souvent, il faut être très humble sur ses propres chances de battre durablement le marché en tant que particulier. Ce chiffre est le meilleur argument en faveur des ETF pour l’immense majorité des investisseurs.
L’impact des frais sur 30 ans : un exemple qui fait réfléchir
L’un des arguments décisifs en faveur des ETF est souvent sous-estimé, celui des frais. Ils paraissent minuscules, mais composés sur des décennies, ils font une différence énorme. Prenons un exemple concret. Vous investissez 20 000 euros pendant 30 ans, avec un rendement brut de 7 % par an. Avec un ETF facturant 0,2 % de frais annuels, votre capital final avoisine 143 000 euros. Avec un produit facturant 1,5 % de frais, fréquent dans la gestion active, il tombe à environ 100 000 euros. La différence, plus de 40 000 euros, est partie en frais, pour un investissement de départ identique.
Autrement dit, les frais ne réduisent pas seulement votre rendement, ils en amputent une part croissante avec le temps, car chaque euro prélevé est aussi un euro qui ne produira jamais d’intérêts composés. C’est pourquoi un produit peu coûteux qui suit simplement le marché finit souvent par battre un produit cher censé le surperformer. Dans le match ETF contre sélection active, les frais jouent en permanence en faveur des premiers.
Dans quel cas la sélection d’actions a du sens ?
Faut-il pour autant bannir totalement les actions individuelles ? Pas nécessairement. La sélection d’actions peut se justifier dans certaines conditions précises :
- si vous y consacrez réellement du temps et que vous prenez plaisir à analyser les entreprises ;
- si vous acceptez le risque supplémentaire en connaissance de cause ;
- si vous limitez cette poche à une part raisonnable de votre patrimoine, en gardant l’essentiel en ETF diversifiés.
L’erreur serait de mettre toute son épargne sur quelques convictions. Le cas d’une valeur star comme Nvidia l’illustre bien : elle a enrichi ceux qui l’ont détenue, mais rien ne garantit qu’une action, aussi brillante soit-elle aujourd’hui, le restera demain.
La meilleure stratégie : le cœur et les satellites
Bonne nouvelle, vous n’êtes pas obligé de choisir un camp de façon exclusive. Une approche largement recommandée consiste à combiner les deux, selon le principe du cœur et des satellites. Le cœur de votre portefeuille, la plus grande partie, est constitué d’ETF diversifiés qui assurent une performance solide et sereine sur le long terme. Autour de ce cœur, vous pouvez ajouter quelques satellites, c’est-à-dire une petite poche d’actions individuelles sur lesquelles vous avez des convictions, pour le plaisir et le potentiel de surperformance.
Ainsi, vous profitez de la robustesse des ETF tout en gardant la liberté de parier sur quelques idées, sans mettre en danger l’ensemble de votre épargne. Pour un débutant, il est toutefois sage de commencer uniquement par les ETF, et de n’ajouter des actions individuelles qu’une fois les bases bien maîtrisées.
Un mot sur la fiscalité
Bonne nouvelle pour les deux approches : actions européennes et ETF éligibles peuvent être logés dans un PEA, avec son exonération d’impôt sur le revenu après cinq ans. Les actions non éligibles, comme les valeurs américaines en direct, doivent en revanche passer par un compte-titres ordinaire, imposé au prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Il existe cependant des ETF Monde éligibles au PEA, ce qui permet d’être exposé aux marchés américains tout en conservant l’avantage fiscal, un argument de plus en faveur des ETF pour la plupart des investisseurs.
FAQ
Vaut-il mieux investir en ETF ou en actions individuelles ?
Pour la très grande majorité des investisseurs, les ETF sont préférables, car ils offrent diversification, faibles frais et simplicité, et battent statistiquement la plupart des sélectionneurs d’actions. Les actions individuelles conviennent à ceux qui ont le temps, les compétences et l’acceptation du risque.
Peut-on battre le marché en choisissant ses actions ?
C’est possible mais difficile. Les études montrent que plus de 80 % des gérants professionnels n’y parviennent pas sur dix ans. Un particulier doit donc rester très humble sur ses chances de surperformer durablement le marché.
Peut-on combiner ETF et actions individuelles ?
Oui, et c’est souvent la meilleure approche. La stratégie du cœur et des satellites consiste à bâtir l’essentiel du portefeuille avec des ETF diversifiés, puis à ajouter une petite poche d’actions choisies pour le potentiel et le plaisir, sans risquer l’ensemble.
Les ETF sont-ils vraiment moins risqués que les actions ?
Un ETF diversifié est bien moins risqué qu’une action individuelle, car il répartit le risque sur des centaines d’entreprises. Il conserve toutefois le risque de marché, c’est-à-dire qu’il baisse quand la Bourse baisse dans son ensemble.
Par quoi commencer quand on débute ?
Par un ETF Monde diversifié logé dans un PEA. C’est simple, peu coûteux et efficace. On peut envisager d’ajouter quelques actions individuelles plus tard, une fois les bases bien comprises.
Pour aller plus loin : tout comprendre sur les ETF, diversifier son portefeuille et comment choisir un ETF.
