La différence entre value et growth investing: Guide complet

La différence entre value et growth investing: Guide complet

Deux grandes écoles s’affrontent depuis des décennies en Bourse. D’un côté, les investisseurs value, qui traquent les actions décotées, ces entreprises solides que le marché boude et vend moins cher que leur valeur réelle. De l’autre, les investisseurs growth, qui misent sur les sociétés en forte croissance, quitte à les payer cher aujourd’hui en pariant sur leurs bénéfices de demain. Warren Buffett contre les stars de la tech, en quelque sorte.

Laquelle de ces approches est la meilleure ? La question n’a pas de réponse unique, et c’est justement ce qui la rend intéressante. Cet article décortique les deux styles, leurs indicateurs, leurs performances historiques, leurs forces et leurs faiblesses, avec des exemples concrets. Vous verrez qu’un bon portefeuille n’a pas forcément à choisir un camp.

L’investissement value : acheter moins cher que la valeur réelle

L’investissement dans la valeur, ou value investing, repose sur une idée popularisée par Benjamin Graham puis par son élève Warren Buffett : le marché se trompe parfois et vend des entreprises solides en dessous de ce qu’elles valent réellement. L’investisseur value cherche donc à acheter un euro d’actif pour cinquante centimes, en misant sur le fait que le cours finira par rejoindre la vraie valeur de l’entreprise.

Ces actions présentent souvent des caractéristiques communes : une valorisation basse par rapport aux bénéfices ou au patrimoine, des dividendes réguliers et généreux, une activité mature et rentable, une situation financière saine. On les trouve fréquemment dans des secteurs traditionnels comme la banque, l’énergie, l’automobile ou l’industrie. En France, des valeurs comme TotalEnergies ou certaines banques sont souvent citées comme profils value, avec des rendements sur dividende élevés.

Les indicateurs clés du value investing

Repérer une action de valeur passe par quelques ratios simples.

  • Le PER (cours sur bénéfices). Il mesure combien d’années de bénéfices vous payez en achetant l’action. Un PER bas, par exemple inférieur à 12, peut signaler une action décotée. À l’inverse, un PER très élevé traduit de fortes attentes de croissance.
  • Le ratio cours sur valeur comptable (price to book). Il compare le cours de l’action à la valeur comptable de l’entreprise. Un ratio proche ou inférieur à 1 suggère que le marché valorise la société en dessous de son patrimoine net.
  • Le rendement du dividende. Un rendement élevé, souvent supérieur à 3 ou 4 %, est typique des valeurs matures qui redistribuent une bonne part de leurs profits.

Le piège classique du value investing porte un nom : la value trap, ou piège de la valeur. Une action peut sembler bon marché non pas parce que le marché se trompe, mais parce que l’entreprise est réellement en déclin. Un cours bas n’est pas une aubaine si les bénéfices s’effondrent durablement. D’où l’importance d’analyser la solidité et les perspectives réelles de l’activité, pas seulement les ratios.

L’investissement growth : parier sur la croissance future

À l’opposé, l’investissement dans la croissance, ou growth investing, consiste à acheter des entreprises dont les revenus et les bénéfices progressent rapidement, en acceptant de les payer cher aujourd’hui. L’investisseur growth se moque qu’une action affiche un PER de 40 ou 50 si l’entreprise double son chiffre d’affaires tous les quelques années. Le pari porte sur l’avenir, pas sur le présent.

Ces sociétés se caractérisent par une croissance forte et régulière de leur activité, une position dominante ou innovante sur un marché porteur, et souvent l’absence de dividende, les bénéfices étant réinvestis pour financer l’expansion. On les trouve massivement dans la technologie. Les géants américains comme Nvidia, Amazon ou Microsoft en sont l’archétype : longtemps chèrement valorisés, ils ont récompensé les investisseurs par une croissance spectaculaire, sans jamais verser de gros dividendes.

Le risque du growth est le miroir de sa promesse. Comme le cours intègre déjà beaucoup d’espoirs, la moindre déception peut provoquer une chute brutale. Une croissance qui ralentit un peu, un résultat trimestriel sous les attentes, et l’action peut perdre 20 ou 30 % en une séance. Le growth est donc plus volatil et plus sensible aux retournements de marché.

Value contre growth : le match des performances

Sur très longue période, l’histoire boursière a longtemps donné un léger avantage au style value, documenté par les travaux des économistes Eugene Fama et Kenneth French, qui ont identifié une prime historique aux actions décotées. Mais cette prime n’a rien de constant. Les cycles jouent un rôle majeur.

La décennie 2010 a été spectaculairement favorable au growth. Dans un environnement de taux d’intérêt très bas, les valeurs technologiques ont écrasé les valeurs décotées, au point que beaucoup ont enterré le value investing. Puis le vent a tourné : avec la remontée des taux en 2022, les valeurs de croissance ont fortement corrigé tandis que les valeurs décotées, notamment l’énergie, ont brillé. Depuis, l’engouement pour l’intelligence artificielle a de nouveau propulsé certaines valeurs growth.

La leçon est claire : aucun style ne domine en permanence. Les taux d’intérêt jouent un rôle déterminant. Des taux bas favorisent le growth, car ils rendent les bénéfices futurs plus précieux. Des taux élevés favorisent le value, car ils valorisent les profits présents et les dividendes immédiats. Vouloir prédire quel style surperformera l’an prochain relève surtout du pari.

Un exemple concret pour bien comprendre

Imaginons deux entreprises fictives. La première, Solide SA, est une société industrielle mature : elle gagne de l’argent depuis vingt ans, verse 4 % de dividende, et se paie 10 fois ses bénéfices. Sa croissance est faible, de l’ordre de 2 % par an. C’est un profil value : peu de surprises, un revenu régulier, une valorisation raisonnable.

La seconde, Envol Tech, est une jeune société technologique dont le chiffre d’affaires croît de 30 % par an. Elle ne verse aucun dividende et se paie 45 fois ses bénéfices. C’est un profil growth : cher, mais avec un potentiel énorme si la croissance se poursuit, et un risque de chute sévère si elle déçoit. L’investisseur value privilégiera Solide SA pour sa sécurité et son rendement, quand l’investisseur growth choisira Envol Tech pour son potentiel. Aucun n’a tort : ils ne poursuivent simplement pas le même objectif ni le même niveau de risque.

Faut-il vraiment choisir un camp ?

La réponse est non, et c’est la meilleure nouvelle de cet article. Opposer value et growth est en grande partie un faux débat pour l’investisseur particulier. Les deux approches sont complémentaires et peuvent cohabiter dans un même portefeuille, ce qui permet de lisser les cycles : quand un style souffre, l’autre prend souvent le relais.

Il existe d’ailleurs une approche hybride, le GARP (growth at a reasonable price, la croissance à un prix raisonnable), qui cherche des entreprises en croissance sans les payer déraisonnablement cher. C’est en quelque sorte le meilleur des deux mondes, et l’esprit dans lequel investissait Buffett dans ses meilleures années.

Pour la plupart des investisseurs, la solution la plus simple et la plus robuste consiste toutefois à ne pas trancher du tout. Un ETF indiciel large, comme un ETF Monde, contient par construction à la fois des valeurs value et des valeurs growth, dans les proportions du marché. Vous captez ainsi la performance des deux styles sans avoir à deviner lequel brillera. C’est le socle idéal, que l’on peut compléter d’une poche d’actions choisies selon ses convictions, comme le suggère notre guide pour diversifier son portefeuille.

Quel style pour quel investisseur ?

Au-delà des cycles, le choix dépend aussi de votre tempérament et de vos objectifs. Le style value convient plutôt à l’investisseur patient, qui aime les revenus réguliers via les dividendes, qui supporte mal la volatilité et qui a la discipline d’attendre que le marché reconnaisse la vraie valeur d’une entreprise. Le style growth s’adresse à l’investisseur qui accepte une plus grande volatilité en échange d’un potentiel de plus-value élevé, qui a un horizon long et les nerfs solides pour traverser les fortes baisses sans paniquer. Bien se connaître compte souvent autant que bien analyser les entreprises.

FAQ

Quelle est la différence entre value et growth investing ?

Le value investing consiste à acheter des actions décotées, sous-évaluées par le marché, souvent matures et versant des dividendes. Le growth investing consiste à acheter des entreprises en forte croissance, payées cher aujourd’hui en pariant sur leurs bénéfices futurs, souvent sans dividende. Le premier vise la décote, le second le potentiel.

Quel style est le plus rentable ?

Aucun ne domine en permanence. Sur très longue période, le value a historiquement offert une légère prime, mais le growth a écrasé le marché dans les années 2010 grâce aux taux bas. Les taux d’intérêt sont déterminants : taux bas favorisent le growth, taux élevés le value.

Comment reconnaître une action value ?

Elle affiche généralement un PER bas, un ratio cours sur valeur comptable proche ou inférieur à 1, et un rendement du dividende élevé. Attention au piège de la valeur : un cours bas peut refléter un vrai déclin de l’entreprise, pas seulement une erreur du marché.

Faut-il choisir entre value et growth ?

Pas nécessairement. Les deux approches sont complémentaires et lissent les cycles quand on les combine. Un ETF indiciel large contient déjà les deux styles, ce qui en fait le socle le plus simple pour la plupart des investisseurs, sans avoir à parier sur l’un ou l’autre.

 

Pour aller plus loin : tout comprendre sur les ETF, diversifier son portefeuille et les erreurs à éviter en Bourse.

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